Quels impôts paye un commerce alimentaire au Congo en 2026 ?
Vous tenez une épicerie, une superette, un commerce de demi-gros ou de détail alimentaire à Brazzaville ou en province ? Vous vous demandez ce que vous devez réellement payer à l'État chaque année ? La réponse dépend avant tout de votre statut juridique et de votre chiffre d'affaires. En 2026, le cadre fiscal congolais distingue clairement deux grandes catégories d'entreprises. Prisme 242 vous dresse un tableau complet, impôt par impôt.
Première étape : identifier votre régime d'imposition
Avant de parler de montants, il faut savoir dans quelle case vous êtes. Le Code Général des Impôts (CGI), tel que modifié par le PLF 2026, organise les commerçants en deux grands régimes selon le chiffre d'affaires annuel :
Chiffre d'affaires inférieur à 100 millions de FCFA → Régime du forfait (Impôt Global Forfaitaire – IGF). Comptabilité simplifiée, pas de TVA facturée.
Chiffre d'affaires supérieur ou égal à 100 millions de FCFA, ou constitué en société (SARL, SA, SAS…) → Régime du réel. Comptabilité complète, IS ou IBA, TVA obligatoire.
Attention : même avec un chiffre d'affaires inférieur à 100 millions, certains commerçants sont exclus du régime forfaitaire et doivent obligatoirement être au régime du réel : c'est le cas des grossistes et des importateurs (article 96 du CGI). Un importateur de riz ou un grossiste en huile de palme, quelle que soit sa taille, ne peut pas bénéficier du régime simplifié.
Les impôts selon votre régime
Régime forfaitaire (petits commerces) : l'Impôt Global Forfaitaire (IGF)
Si votre épicerie réalise moins de 100 millions de FCFA de chiffre d'affaires annuel et n'est pas grossiste ni importatrice, vous relevez du régime forfaitaire. Vous payez l'Impôt Global Forfaitaire (IGF), qui est un impôt unique et simplifié calculé par l'administration fiscale sur la base de vos déclarations.
Dans ce régime, vous n'avez pas à facturer la TVA à vos clients, et vos factures n'en font pas mention. La tenue de la comptabilité se limite à deux registres (achats et ventes). C'est le régime de la majorité des petits commerces de quartier à Brazzaville.
Régime du réel (sociétés et grands commerces) : plusieurs impôts cumulés
Si vous êtes organisé en société (SARL, SARLU, SA, SAS) ou si votre chiffre d'affaires dépasse 100 millions de FCFA, vous êtes soumis au régime du réel. Plusieurs impôts s'appliquent simultanément.
Impôt n°1 — L'impôt sur les bénéfices (IS ou IBA)
C'est l'impôt principal sur le bénéfice de votre activité.
Si vous êtes une société (personne morale) : vous payez l'Impôt sur les Sociétés (IS) au taux de 25% sur le bénéfice net imposable (article 86A du CGI, PLF 2026).
Si vous êtes une personne physique (commerçant individuel au régime réel) : vous payez l'Impôt sur les Bénéfices d'Affaires (IBA), dont le minimum de perception est fixé à 1,5% du chiffre d'affaires total.
Dans les deux cas, un minimum de perception s'applique : même si votre résultat est nul ou déficitaire, vous devez payer au moins 1% de votre chiffre d'affaires HT pour l'IS (2% en cas de deux exercices déficitaires consécutifs). Ce minimum est versé en quatre acomptes trimestriels, au plus tard les 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre.
Impôt n°2 — La TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée)
Dès lors que votre chiffre d'affaires atteint le seuil d'assujettissement, vous devenez collecteur de TVA pour le compte de l'État. Vous la facturez à vos clients et la reversez à l'administration fiscale après déduction de la TVA que vous avez vous-même payée à vos fournisseurs.
Taux de TVA : 18% du prix hors taxes
Centimes additionnels : 5% du montant de la TVA, soit un taux cumulé effectif de 18,9%
Déclaration et paiement : au plus tard le 15 de chaque mois pour le mois précédent
Une bonne nouvelle pour les commerces alimentaires : en 2026, plusieurs produits de grande consommation ont été reclassés en biens de première nécessité par la Circulaire n°0138-MFBPP/CAB du 5 février 2026. Certains d'entre eux bénéficient d'une exonération de TVA à l'importation (viandes, poissons congelés, poisson salé, blé, maïs, huile de palme raffinée), tandis que d'autres (lait, riz, sel) bénéficient d'un taux réduit de TVA à 5%. Ces mesures visent à alléger le coût d'approvisionnement et donc les prix à la consommation.
Impôt n°3 — La Taxe Unique sur les Salaires (TUS)
Si votre commerce emploie du personnel salarié, vous êtes redevable de la Taxe Unique sur les Salaires (TUS). Cette taxe est à la charge de l'employeur et est calculée sur la masse salariale brute. Elle est ensuite répartie entre plusieurs bénéficiaires institutionnels : l'État, le FIGA, le FONEA, l'ACPE, le Fonds National de l'Habitat, l'ADPME, l'ACPCE et les universités congolaises (PLF 2026, article 8 nouveau).
La TUS est déclarée et payée au plus tard le 15 de chaque mois au bureau des impôts compétent.
Impôt n°4 — L'impôt sur les traitements et salaires (ITS) retenu à la source
En tant qu'employeur, vous avez également l'obligation de retenir à la source l'impôt sur les salaires de chacun de vos employés et de le reverser à l'administration fiscale. Ce n'est pas un impôt que vous payez vous-même, mais vous en êtes le collecteur légal. Le barème est progressif, de 1 200 FCFA pour les salaires jusqu'à 615 000 FCFA, jusqu'à 30% pour les salaires dépassant 5 000 000 FCFA par mois.
Charges n°5 — Les cotisations sociales (CNSS et CAMU)
Ce ne sont pas des impôts à proprement parler, mais des obligations sociales obligatoires qui s'imposent à tout employeur, qu'il soit au régime forfaitaire ou au réel. Pour chaque salarié, vous devez verser des cotisations à la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale) et à la CAMU (Couverture d'Assurance Maladie Universelle).
Le PLF 2026 reconduit l'obligation pour tout employeur, y compris les employeurs individuels utilisant du personnel informel, de s'affilier à une caisse de sécurité sociale. Pour encourager la formalisation, l'État prend en charge pour 2026 la totalité des IRPP et la moitié des cotisations patronales des 25 000 premiers déclarants au titre de la sécurité sociale et de l'assurance maladie universelle. C'est une opportunité à saisir.
Tableau récapitulatif : ce que paye un commerce alimentaire en 2026
Impôt / Charge | Qui est concerné ? | Taux / Base | Échéance |
|---|---|---|---|
IGF (Impôt Global Forfaitaire) | CA < 100M FCFA, ni grossiste ni importateur | Fixé par l'administration | Annuelle |
IS (Impôt sur les Sociétés) | Sociétés (SARL, SA, SAS…) | 25% du bénéfice net (min. 1% du CA) | Acomptes trimestriels + solde annuel |
IBA (Impôt sur les Bénéfices d'Affaires) | Personnes physiques au régime réel | Barème + min. 1,5% du CA | Acomptes trimestriels + solde annuel |
TVA | CA ≥ seuil d'assujettissement | 18% HT + 5% centimes additionnels | Au plus tard le 15 de chaque mois |
TUS (Taxe Unique sur les Salaires) | Tout employeur avec salariés | % de la masse salariale brute | Au plus tard le 15 de chaque mois |
ITS (retenu à la source) | Tout employeur avec salariés | Barème progressif sur salaire brut | Au plus tard le 15 de chaque mois |
CNSS + CAMU | Tout employeur (obligatoire) | Taux fixés par les caisses | Mensuelle |
Ce qu'il faut retenir
La fiscalité d'un commerce alimentaire au Congo n'est pas uniforme : elle dépend de votre statut juridique, de votre volume d'activité et de votre type de clientèle (importateur, grossiste ou détaillant). En 2026, plusieurs mesures d'allègement ont été introduites sur les produits alimentaires de base, dans le cadre de la lutte contre la vie chère. Mais cela ne dispense pas chaque commerçant de ses obligations déclaratives et de paiement.
La règle d'or : ne pas attendre la fin de l'année pour se mettre en règle. Les pénalités de retard au Congo peuvent atteindre 100% du montant éludé en cas de mise en demeure, et 1% par jour ouvrable en cas de paiement tardif. Se rapprocher d'un comptable ou du centre des impôts de votre quartier dès le début de l'exercice est le réflexe qui peut vous éviter de mauvaises surprises.
Sources : PLF 2026, adopté en Conseil des ministres le 7 octobre 2025 — Code Général des Impôts (articles 2, 86A, 86B, 93, 96) — Circulaire n°0138-MFBPP/CAB du 5 février 2026 portant décatégorisation de certains biens alimentaires.

