
Combien paye vraiment un établissement de commerce d'alimentation en impôts au Congo ? Cas chiffré 2026
Dans l'article précédent, nous avons listé tous les impôts qu'un commerce alimentaire organisé en société doit payer au Congo en 2026. Aujourd'hui, on passe à la pratique. Combien cela représente-t-il concrètement, en francs CFA, pour une superette classique de Brazzaville ? Voici le cas complet de la SARL "Bolingo Alimentation", simulé sur l'exercice 2025 — déclaration et paiements effectués en 2026.
Présentation de l'entreprise fictive
La SARL "Bolingo Alimentation" est une superette de quartier à Brazzaville. Elle vend des produits alimentaires de grande consommation (riz, huile, conserves, boissons, produits frais). Elle emploie 4 salariés à temps plein. Ses données pour l'exercice 2025 sont les suivantes :
Chiffre d'affaires HT : 180 000 000 FCFA
Achats de marchandises : 120 000 000 FCFA
Loyer du local : 6 000 000 FCFA
Masse salariale brute (4 salariés) : 14 400 000 FCFA/an (soit 300 000 FCFA brut/mois par employé en moyenne)
Amortissements (réfrigérateurs 20%, mobilier 10%) : 2 400 000 FCFA
Assurances et autres charges : 1 200 000 FCFA
BLOC 1 — L'Impôt sur les Sociétés (IS)
Calcul du bénéfice imposable
Le bénéfice imposable est la différence entre les produits imposables et les charges déductibles (article 8 du CGI, PLF 2026). Les cotisations sociales patronales (CNSS, CAMU) et la TUS sont elles-mêmes des charges déductibles. On les calculera d'abord.
Pour simplifier, on intègre directement les charges sociales patronales dans les charges déductibles :
Achats marchandises : 120 000 000
Loyer : 6 000 000
Salaires bruts : 14 400 000
Charges patronales CNSS (24,28%) : 3 496 320
Charges patronales CAMU (estimée à 4,55%) : 655 200
TUS patronale (7,475% du salaire brut) : 1 076 400
Amortissements : 2 400 000
Assurances et autres : 1 200 000
Total charges déductibles = 149 227 920 FCFA
Bénéfice fiscal imposable = 180 000 000 − 149 227 920 = 30 772 080 FCFA
Calcul de l'IS
Élément | Montant (FCFA) |
|---|---|
Bénéfice fiscal imposable | 30 772 080 |
IS brut (× 25%) | 7 693 020 |
Minimum de perception (1% × 180 000 000) | 1 800 000 |
IS applicable (le plus élevé des deux) | 7 693 020 |
— dont acomptes minimum déjà versés | − 1 800 000 |
Solde IS à payer en fin d'année | 5 893 020 |
Les 4 acomptes trimestriels du minimum de perception (450 000 FCFA × 4 = 1 800 000 FCFA) ont déjà été versés aux échéances du 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre.
BLOC 2 — La TVA (collectée et reversée)
La TVA n'est pas un coût pour l'entreprise elle-même : elle la collecte auprès de ses clients et la déduit de la TVA qu'elle a payée à ses fournisseurs. Seul le solde net est reversé à l'État. Néanmoins, il faut la déclarer chaque mois avant le 15.
Élément | Base HT (FCFA) | TVA 18% | Centimes add. 5% |
|---|---|---|---|
TVA collectée sur ventes | 180 000 000 | 32 400 000 | 1 620 000 |
TVA déductible sur achats | 120 000 000 | 21 600 000 | 1 080 000 |
TVA nette à reverser à l'État | 10 800 000 | 540 000 | |
Total TVA + centimes à reverser | 11 340 000 FCFA/an | ||
Ce montant est versé mensuellement (environ 945 000 FCFA par mois), au plus tard le 15 du mois suivant. C'est une obligation de trésorerie importante à anticiper.
Note : les produits de première nécessité décatégorisés (riz, lait, sel à 5% TVA ; viandes, poissons, maïs, huile de palme exonérés) permettent de réduire la TVA déductible réelle selon la composition précise des achats. Dans cet exemple, on applique le taux standard pour simplifier.
BLOC 3 — Les charges salariales mensuelles (sur 1 employé à 300 000 FCFA brut)
Pour comprendre ce que coûte réellement chaque salarié, voici la décomposition mensuelle pour un employé à 300 000 FCFA de salaire brut :
Charge | Taux | Base | Montant mensuel (FCFA) | Qui paye ? |
|---|---|---|---|---|
CNSS (retraite) — part patronale | 24,28% | 300 000 | 72 840 | Employeur |
CAMU — part patronale | ~4,55% | 300 000 | 13 650 | Employeur |
TUS — part patronale | 7,475% | 300 000 | 22 425 | Employeur |
ITS (retenu à la source) | Barème progressif | 300 000 | ~1 200 | Employé (retenu par employeur) |
CNSS — part salariale | ~2,4% | 300 000 | ~7 200 | Employé (retenu par employeur) |
Coût total employeur / mois | 408 915 FCFA | Employeur | ||
Salaire net perçu par l'employé | ~291 600 FCFA | Employé |
Un employé à 300 000 FCFA brut coûte donc en réalité environ 409 000 FCFA par mois à l'entreprise, soit 36% de plus que son salaire brut affiché. Sur 4 salariés, cela représente environ 1 635 660 FCFA de charges patronales mensuelles, soit 19 627 920 FCFA par an.
BLOC 4 — Synthèse annuelle : tout ce que l'entreprise verse à l'État
Impôt / Charge | Montant annuel (FCFA) | Périodicité |
|---|---|---|
IS (solde annuel) | 5 893 020 | Annuel (+ 4 acomptes trimestriels) |
Acomptes IS (minimum de perception) | 1 800 000 | 4 × 450 000 FCFA |
TVA nette reversée | 11 340 000 | Mensuelle |
CNSS patronale (4 salariés) | 3 496 320 | Mensuelle |
CAMU patronale (4 salariés) | 655 200 | Mensuelle |
TUS patronale (4 salariés) | 1 076 400 | Mensuelle |
ITS retenu (4 salariés) | ~57 600 | Mensuelle |
TOTAL versé à l'État et aux caisses | 24 318 540 FCFA | |
En % du chiffre d'affaires HT | ~13,5% | |
Bénéfice net après IS | ~23 079 060 FCFA |
Ce que ce cas nous enseigne
Sur 180 millions de chiffre d'affaires, la SARL "Bolingo Alimentation" verse environ 24,3 millions de FCFA à l'État, aux caisses sociales et aux institutions, soit 13,5% de son CA. La TVA représente à elle seule près de la moitié de ce montant — mais rappelons qu'elle est collectée auprès des clients, pas prélevée sur la marge.
Ce qui pèse réellement sur la rentabilité de l'entreprise, c'est l'IS (7,7 millions FCFA) et les charges patronales (5,2 millions FCFA). Ensemble, ils absorbent plus d'un tiers du bénéfice brut avant impôt.
Trois réflexes à adopter pour éviter les mauvaises surprises :
Provisionner l'IS dès le début de l'exercice : mettre de côté chaque mois environ 640 000 FCFA pour couvrir l'IS annuel.
Ne jamais rater une échéance de TVA : les pénalités peuvent atteindre 100% des droits éludés après mise en demeure.
Déclarer ses salariés à la CNSS dès l'embauche : en 2026, l'État prend en charge la moitié des cotisations patronales pour les 25 000 premiers déclarants — une opportunité à ne pas manquer.
Sources : PLF 2026 adopté en Conseil des ministres le 7 octobre 2025 — CGI articles 8, 86A, 86B, 116 — Calendrier des obligations fiscales et sociales 2026 (ACPCE) — Circulaire n°0138-MFBPP/CAB du 5 février 2026.

