Combien paye vraiment un établissement de commerce d'alimentation en impôts au Congo ? Cas chiffré 2026
Fiscalité 6 min de lecture

Combien paye vraiment un établissement de commerce d'alimentation en impôts au Congo ? Cas chiffré 2026

13 avril 2026Rédaction Congo Business

Dans l'article précédent, nous avons listé tous les impôts qu'un commerce alimentaire organisé en société doit payer au Congo en 2026. Aujourd'hui, on passe à la pratique. Combien cela représente-t-il concrètement, en francs CFA, pour une superette classique de Brazzaville ? Voici le cas complet de la SARL "Bolingo Alimentation", simulé sur l'exercice 2025 — déclaration et paiements effectués en 2026.

Présentation de l'entreprise fictive

La SARL "Bolingo Alimentation" est une superette de quartier à Brazzaville. Elle vend des produits alimentaires de grande consommation (riz, huile, conserves, boissons, produits frais). Elle emploie 4 salariés à temps plein. Ses données pour l'exercice 2025 sont les suivantes :

BLOC 1 — L'Impôt sur les Sociétés (IS)

Calcul du bénéfice imposable

Le bénéfice imposable est la différence entre les produits imposables et les charges déductibles (article 8 du CGI, PLF 2026). Les cotisations sociales patronales (CNSS, CAMU) et la TUS sont elles-mêmes des charges déductibles. On les calculera d'abord.

Pour simplifier, on intègre directement les charges sociales patronales dans les charges déductibles :

Total charges déductibles = 149 227 920 FCFA

Bénéfice fiscal imposable = 180 000 000 − 149 227 920 = 30 772 080 FCFA

Calcul de l'IS

Élément

Montant (FCFA)

Bénéfice fiscal imposable

30 772 080

IS brut (× 25%)

7 693 020

Minimum de perception (1% × 180 000 000)

1 800 000

IS applicable (le plus élevé des deux)

7 693 020

— dont acomptes minimum déjà versés

− 1 800 000

Solde IS à payer en fin d'année

5 893 020

Les 4 acomptes trimestriels du minimum de perception (450 000 FCFA × 4 = 1 800 000 FCFA) ont déjà été versés aux échéances du 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre.

BLOC 2 — La TVA (collectée et reversée)

La TVA n'est pas un coût pour l'entreprise elle-même : elle la collecte auprès de ses clients et la déduit de la TVA qu'elle a payée à ses fournisseurs. Seul le solde net est reversé à l'État. Néanmoins, il faut la déclarer chaque mois avant le 15.

Élément

Base HT (FCFA)

TVA 18%

Centimes add. 5%

TVA collectée sur ventes

180 000 000

32 400 000

1 620 000

TVA déductible sur achats

120 000 000

21 600 000

1 080 000

TVA nette à reverser à l'État

10 800 000

540 000

Total TVA + centimes à reverser

11 340 000 FCFA/an

Ce montant est versé mensuellement (environ 945 000 FCFA par mois), au plus tard le 15 du mois suivant. C'est une obligation de trésorerie importante à anticiper.

Note : les produits de première nécessité décatégorisés (riz, lait, sel à 5% TVA ; viandes, poissons, maïs, huile de palme exonérés) permettent de réduire la TVA déductible réelle selon la composition précise des achats. Dans cet exemple, on applique le taux standard pour simplifier.

BLOC 3 — Les charges salariales mensuelles (sur 1 employé à 300 000 FCFA brut)

Pour comprendre ce que coûte réellement chaque salarié, voici la décomposition mensuelle pour un employé à 300 000 FCFA de salaire brut :

Charge

Taux

Base

Montant mensuel (FCFA)

Qui paye ?

CNSS (retraite) — part patronale

24,28%

300 000

72 840

Employeur

CAMU — part patronale

~4,55%

300 000

13 650

Employeur

TUS — part patronale

7,475%

300 000

22 425

Employeur

ITS (retenu à la source)

Barème progressif

300 000

~1 200

Employé (retenu par employeur)

CNSS — part salariale

~2,4%

300 000

~7 200

Employé (retenu par employeur)

Coût total employeur / mois

408 915 FCFA

Employeur

Salaire net perçu par l'employé

~291 600 FCFA

Employé

Un employé à 300 000 FCFA brut coûte donc en réalité environ 409 000 FCFA par mois à l'entreprise, soit 36% de plus que son salaire brut affiché. Sur 4 salariés, cela représente environ 1 635 660 FCFA de charges patronales mensuelles, soit 19 627 920 FCFA par an.

BLOC 4 — Synthèse annuelle : tout ce que l'entreprise verse à l'État

Impôt / Charge

Montant annuel (FCFA)

Périodicité

IS (solde annuel)

5 893 020

Annuel (+ 4 acomptes trimestriels)

Acomptes IS (minimum de perception)

1 800 000

4 × 450 000 FCFA

TVA nette reversée

11 340 000

Mensuelle

CNSS patronale (4 salariés)

3 496 320

Mensuelle

CAMU patronale (4 salariés)

655 200

Mensuelle

TUS patronale (4 salariés)

1 076 400

Mensuelle

ITS retenu (4 salariés)

~57 600

Mensuelle

TOTAL versé à l'État et aux caisses

24 318 540 FCFA

En % du chiffre d'affaires HT

~13,5%

Bénéfice net après IS

~23 079 060 FCFA

Ce que ce cas nous enseigne

Sur 180 millions de chiffre d'affaires, la SARL "Bolingo Alimentation" verse environ 24,3 millions de FCFA à l'État, aux caisses sociales et aux institutions, soit 13,5% de son CA. La TVA représente à elle seule près de la moitié de ce montant — mais rappelons qu'elle est collectée auprès des clients, pas prélevée sur la marge.

Ce qui pèse réellement sur la rentabilité de l'entreprise, c'est l'IS (7,7 millions FCFA) et les charges patronales (5,2 millions FCFA). Ensemble, ils absorbent plus d'un tiers du bénéfice brut avant impôt.

Trois réflexes à adopter pour éviter les mauvaises surprises :

Sources : PLF 2026 adopté en Conseil des ministres le 7 octobre 2025 — CGI articles 8, 86A, 86B, 116 — Calendrier des obligations fiscales et sociales 2026 (ACPCE) — Circulaire n°0138-MFBPP/CAB du 5 février 2026.

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